L’Homme-bonsaï

Le capitaine O’Murphy raconte aux buveurs d’une taverne son extraordinaire rencontre, lors d’un périple en mer, avec l’homme bonsaï, cette créature mi-homme, mi-arbre au destin tragique.
Lors d’un voyage en mer, deux cents ans plus tôt, Amédée le potier fut enrôlé de force sur le navire du capitaine Stroke. Devenu son souffre- douleur, Amédée est finalement abandonné sur une île déserte. Sur cette île, il sent une graine lui tomber sur la tête. Très lentement, il sent qu’il est en train de se transformer en arbre… Recueilli par des pirates chinois, il est soigné, et devient leur arme la plus meurtrière. Un jour, Amédée devenu homme bonsaï reconnaît le pavillon du capitaine Stroke. Sa vengeance est terrible. Mais les Chinois abandonnent ensuite en pleine mer, à son triste sort, l’homme devenu arbre. Aussi, lorsqu’il croise le capitaine O’Murphy, Amédée lui demande de mettre fin à ses jours…

Des branches, un tronc, la mer,la mer, un tronc, des branches.Voilà qui défilait devant nos yeux ronds.
De haut en bas et de bas en haut, au rythme de la houle. Entre les rafales salées, les déferlantes,
le souffle de la tourmente, le brouillard liquide, entre le vacarme de l’océan et celui du ciel, un arbre gigantesque nous narguait. Tous réunis sur le pont du Narval, tous loin de chez nous, loin des nôtres, à cent mille milles de la terre la plus proche, perdus au coeur de la plus grosse tempête que j’aie connue. Nous montions quand
l’arbre s’enfonçait. Il s’élançait vers la foudre tandis que nous retombions dans le creux de la vaguevertigineuse. La mer, un tronc, des branches,des branches, un tronc, la mer,Il ne s’agissait pas d’une hallucination collective. En vérité je vous le dis, même si mes hommes et moi étions épuisés, même si l’air était empli d’eau, d’électricité et de furie, nous ne rêvions pas !

Retour Haut de Page